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Initiatives sociales

Dom Helder : « Si on est décidé à conquérir une ville, on doit marcher sur elle. A aucun moment on n’a le droit d’oublier que l’objectif est de vaincre, de s’emparer de la ville.

Mais si durant la marche on rencontre des blessés qui ne peuvent plus combattre et qui sont en danger de mourir par manque de soins, et s’il est possible, sans perdre de vue l’objectif, de leur porter secours, de les conduire sur un brancard à l’hôpital, on doit le faire. Je pense souvent que dans la guerre contre l’injustice, 80% du temps et des efforts doivent être dédiés aux réformes des structures et à la promotion humaine, mais les 20% restant doivent être disponibles pour secourir les blessés, les victimes de la guerre… »

Fortaleza, Rio de Janeiro, Recife

A FORTALEZA

Legião Cearense do Trabalho

En 1931, Dom Helder a créé la Legião Cearense do Trabalho (Légion du travail de l’État du Ceará, LCT) : « C’était un mouvement qui se voulait dans la ligne du corporatisme de Salazar. Elle a mobilisé des foules considérables. Elle a réussi à rassembler la presque totalité des travailleurs de Fortaleza et elle a même suscité des cellules dans l’intérieur du Ceara. Nous étions même assez forts pour imaginer et entreprendre des grèves. Nous voulions défendre les travailleurs, par exemple quand ils étaient victimes de salaires trop bas, ou de conditions de travail écrasantes » (Conversions d’un évêque) « La priorité dans l’action de la LCT était l’éducation de l’ouvrier pour qu’il soit solidaire et « collaborateur honnête et conscient des autres classes. Les Légionnaires considéraient que l’important était de combattre l’individualisme désagrégateur par le retour au régime corporatiste du Moyen Age » ; « La Légion se déclarait anticapitaliste et antibourgeoise en même temps qu’anticommuniste » (Piletti-Praxedes). Dans le même temps, Dom Helder organisait et dirigeait la Jeunesse ouvrière catholique du diocèse de Fortaleza : mêmes chefs, même doctrine, cette JOC donnait l’impression d’être une instance de la Légion (Piletti-Praxedes).

Sindicalização Operaria Catolica Feminina

En 1933, Dom Helder a créé la Sindicalização Operaria Catolica Feminina : un syndicat des femmes ouvrières du Ceará (lavandières, domestiques, cuisinières, repasseuses, serveuses…). Formation à la lecture, l’écriture, le calcul ; promotion du « goût pour l’art », « avec une orientation religieuse et nationaliste » (Piletti-Praxedes).

A RIO DE JANEIRO

Croisade de Saint Sébastien


A l’issue du Congrès eucharistique international de Rio de Janeiro en 1955, dont Dom Helder avait été le grand maître d’œuvre, le cardinal Gerlier (Lyon) l’interpellait : « Pourquoi ne mettez-vous pas tout ce talent d’organisateur que le Seigneur vous a donné au service des pauvres ? » Il ouvrait les yeux du nouvel archevêque sur les favelas de Rio. Dom Helder raconte la suite :

« Quand nous avons fini de distribuer aux sans-logis les bois du Congrès eucharistique, il restait encore l’essentiel : toutes ces favelas qui couvraient la montagne. Je suis alors allé voir le président Kubitschek : ‘Monsieur le Président, vous êtes un tel ami que j’aurai la simplicité de vous raconter ce que m’a dit le cardinal Gerlier.’ Je lu racontai l’épisode. ‘Maintenant que mes yeux se sont ouverts, je suis hanté par toute cette misère.’ – ‘Comment pourrais-je vous aider ?’ – ‘J’ai une idée, une suggestion à vous présenter. Après avoir vu construire l’esplanade du Congrès eucharistique sur la mer, je me suis rendu compte que l’on pourrait faire la même chose en d’autres points de la baie. Mais cette fois, je serai autorisé par vous à vendre ces terrains conquis sur la mer, et avec cet argent, je pourrai reloger les habitants des favelas.’ – ‘Remarquable ! C’est décidé.’…

« Nous avons décidé de commencer par l’une des pires favelas de Rio, une favela plantée comme un champignon non seulement au cœur de la ville, mais aussi au cœur d’un quartier riche, élégant de la capitale [Leblon]. Nous avons entrepris de construire des immeubles tout à côté. Notre idée était que, pour dépasser la lutte des classes, il fallait rapprocher les classes. C’est pourquoi nous voulions reloger les pauvres là même où habitaient les riches. « Les immeubles que nous construisions n’étaient pas des immeubles de luxe. Ils étaient très simples. Mais tout de même c’étaient des appartements. Nous avons mis en œuvre tout un programme pour préparer les familles des favelas, qui étaient nées dans des taudis, qui ne connaissaient pas l’eau courante, ni les W.C., etc. « Nous avions aussi décidé et prévu que chaque fois qu’une famille serait relogée, aussitôt son taudis serait détruit. Cela, pour éviter qu’une autre famille ne vienne prendre sa place et que la favela se perpétue. Nous désirions vraiment effacer de la carte cette insulte au Créateur.

« Notre plan était remarquable. Malheureusement, la petite politique politicienne et partisane s’en est mêlée. Nous étions en période électorale. Chaque fois qu’une famille était arrachée à la favela, il y avait un homme politique pour faire venir à sa place deux, trois, quatre familles : ‘Installez-vous là et après, vous verrez, Dom Helder vous construira un appartement !...’ C’était terrible. Tout le monde pouvait voir que les immeubles de la Croisade de Saint-Sébastien se construisaient rapidement. Tout le monde était d’accord pour prendre son tour, en attendant, dans un taudis… » C’était l’échec ? « Oui, de ce point de vue-là, c’était l’échec. Mais notre travail a donné un fruit que nous n’attendions pas : la ville de Rio de Janeiro a ouvert les yeux sur les favelas et les responsables ont commencé à se faire un devoir de s’en occuper… » (Conversions d’un évêque).

A partir de 1963-64, la Croisade de Saint Sébastien a pris des initiatives plus globales au service des populations défavorisées de Rio de Janeiro : construction d’écoles, programmes d’alphabétisation et de professionnalisation, dispensaires, pharmacies, adductions d’eau, égouts, accompagnement de communautés de quartier, formation de leaders… (Piletti-Praxedes).

Banque et Foire de la Providence


Le nombre des personnes qui sollicitaient chaque jour de Dom Helder une aide d’urgence l’amena à penser à une manière de réunir les moyens de répondre à tant de besoins. Ainsi est née l’idée d’une institution qui centraliserait la collecte des dons des riches, des organismes internationaux et de l’État de Guanabara pour une distribution planifiée aux plus nécessiteux. A grands renforts médiatiques et avec l’appui de personnalités de la haute société économique et politique, le Banque de la Providence était lancée à l’automne 1959. Les dons affluèrent. En argent, mais aussi en services et compétences, en biens et produits. Pour convertir ces derniers en monnaie, un « bazar » fut ouvert dans un hôtel. Très vite, ce bazar prit la forme d’une énorme kermesse festive annuelle, baptisée en 1961 Foire de la Providence. Les ressources collectées permettent à des entités agréées par la Banque d’entreprendre ou poursuivre, dans le Grand Rio, des programmes de solidarité et d’action sociale décentralisées. La performance du fund raising, la rigueur de la gestion et l’engagement de nombreux bénévoles ont assuré la pérennité de cette institution. Nommé à Recife, Dom Helder a très vite suscité une Banque de même type qui accueillait et aidait les plus pauvres dans l’enceinte même du Palais épiscopal (photo).

Communauté Emmaüs

D’une rencontre avec l’abbé Pierre, en voyage au Brésil en 1959, naquit le projet d’une initiative analogue à celle des Compagnons d’Emmaüs. Une nouvelle rencontre avec l’abbé Pierre à Rome, fin 1962, pendant le Concile, a été décisive pour la consolidation de la communauté d’abord constituée par le P. Paul Roux. Dom Helder raconte à sa « Famille » : « Le cher abbé Pierre a longtemps parlé d’Emmaüs. Il est revenu du Brésil enchanté par vous tous… La Campagne des Sacs [référence à une opération de collecte de dons pour la Banque de la Providence] du type Rio de Janeiro va être tentée dans toutes les communautés d’Emmaüs. Il m’a donné des conseils fraternels de grande portée […]. L’abbé Pierre a combiné la venue de Jean-Yves, d’ici quelques trois semaines. » Jean-Yves Olichon, homme d’expérience, a ainsi été envoyé par l’abbé Pierre pour diriger pendant plusieurs années la Communauté Emmaüs de Rio de Janeiro. (Lettres conciliaires).

A RECIFE

Banque de la Providence

Dès les premiers mois de son arrivée à Recife, Dom Helder s’employa à s’assurer le concours à la fois de l’École de service social et de ce qu’il appelait « l’état-major de l’industrie et du commerce », y compris de trente cinq directeurs de banques, pour fonder une Banque de la Providence, sur le modèle de celle de Rio de Janeiro.

Opération espérance


En juin 1965 (puis à nouveau en juin 1966), des crues du fleuve Capibaribe font des milliers de sinistrés dans les bas quartiers marécageux de Recife. « Soucieux de mettre à profit l’important mouvement de solidarité suscité par la catastrophe et dans lequel se sont retrouvés côte à côte pouvoirs publics, associations, entreprises et la plupart des confessions religieuses, Dom Helder propose de capitaliser cet élan et ces volontés pour aller plus loin. La lutte contre le fléau doit servir de révélateur et de point de départ à un tout autre combat, mené sur le long terme : la lutte contre la misère et le sous-développement. Le 20 juin, entouré d’un parterre d’ingénieurs, d’assistantes sociales, de religieux et de laïcs, il propose le lancement d’un « mouvement d’éradication de la misère à Olinda et Recife, prélude à l’effort global contre la misère dans le Nordeste et dans les autres aires sous développées du pays. » (Richard Marin). Le 6 septembre 1965, l’Opération Espérance est officiellement lancé. Il englobe « toutes les religions et les races, hors des partis, avec pour objectif de préparer le peuple à la lutte pour le développement ». Dom Helder le préside ; l’État de Pernambouc, et des instances publiques comme la Superintendance pour le développement du Nordeste (SUDENE) en font organiquement partie.
Les années passant, le souci de la promotion humaine prend le relais de l’assistance aux sinistrés. L’Opération Espérance à l’égard de laquelle les autorités publiques prennent leurs distances, prend en charge de manière permanente quinze secteurs peuplés de plus de 1000 000 habitants dont elle éveillera la conscience de leurs droits et accompagnera l’organisation : conseils d’habitants, commissions et groupes de voisins, embryons d’organisation populaire… Grandes campagnes revendicatives, aussi : vaccination, lutte contre la verminose, entretien des rues, électrification, égouts, tarifs d’autobus… Conventions avec École du service social, le Secrétariat d’éducation et de culture, le Département national de l’enfant, la SUDENE, Usaid, la CNBB… 1969 marque la fin de la phase institutionnelle. Avec de nouveaux statuts, l’Opération Espérance « devient alors bien plus l’entreprise de l’archevêque et de ses proches que celle du diocèse. En tout cas, elle n’est plus l’affaire des pouvoirs publics ». (Piletti-Praxedes).

A partir des années 1970, l’Opération Espérance investit les dons et concours financiers (principalement européens et nord-américains) reçus par Dom Helder dans l’achat des domaines agricoles dans l’objectif de démontrer la viabilité de la petite propriété individuelle et d’en faire des prototypes de communautés rurales responsables. Ainsi en 1971 à Ipiranga (Cabo) : 455 hectares, 40 lots, 70 familles,- en 1973 à Taquari (à Sirinhaém) : 10 hectares, 43 lots, 62 familles,- en 1974 à Guaretama (Bonito) : 903 hectares, 53 lots, 73 familles
Le même programme est entrepris en 1983 sur une terre du diocèse en zone urbaine, à Tururu (Paulista) : 22 hectares, 600 lots, 530 familles qui reçoivent un droit de propriété pour vingt ans, chacune construisant sa maison. Partout des conseils d’habitants pour penser, promouvoir et gérer les équipements collectifs : éducation, santé, eau, électricité, formation professionnelle, activités culturelles… en concertation avec les organisations et associations civiles. En 1988 a été inaugurée, dans une maison de Recife, le Centro de Treinamento Helder Camara, où ont été réunies les services en charge des diverses activités de l’Opération Espérance.

Casa de Frei Francisco
En 1985, a été engagée la construction, avec des aides espagnoles et australiennes, d’une « Auberge de la Providence » pour accueillir et accompagner, au moins dans une « survie digne », les plus pauvres vivant de mendicité qui sollicitaient quotidiennement son secours. Cette « auberge » a pris en 1986 le nom de Casa de Frei Francisco (Maison de Frère François). C’est un bâtiment sis rue Mata Sete, dans le quartier populaire de Coelhos, à Recife : 488 m2 de surface construite en 1987 sur rez-de-chaussée et un étage.

Elle a d’abord été un lieu d’accueil de jour pour une soixantaine d’hommes et femmes de la rue. Cette fonction a été interrompue en 1989 en raison des « difficultés insurmontables » de socialisation des personnes accueillies. L’année suivante, la Casa a été ouverte, moyennant location, aux organisations du mouvement populaire qui manquaient de lieu pour tenir leurs réunions, se rencontrer et concerter leurs initiatives.

Aujourd’hui, la Casa de Frei Francisco a retrouvé sa vocation sociale d’origine : accueil, accompagnement et promotion non plus des hommes et des femmes, mais des enfants des rues.

Pour une visite guidée, cliquez : http://www.heldercamara-actualites....

An 2000 sans misère


En 1989, Dom Helder commence à mettre en œuvre une grande campagne de mobilisation civile et ecclésiale contre la misère, « injure au Créateur ».

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